PLF 2027 : Exit Tax, donation de titres et apport-cession, quels risques pour les expatriés ?
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Publié
Par Me Justine Basilio, avocate · Expats Law Firm
Première analyse le 8 octobre 2026 · Dernière mise à jour le 14 octobre 2026
Le projet de loi de finances pour 2027 peut modifier le traitement des donations et successions de titres issus d’un apport-cession, ainsi que certaines règles de l’Exit Tax.
Pour les dirigeants expatriés à Dubaï, une question est centrale : une transmission familiale peut-elle rendre exigible un impôt dont le paiement avait été différé ?
Où en est le PLF 2027 sur l’Exit Tax et les donations de titres
État vérifié au 14 octobre 2026. Le changement confirmé est l’adoption de l’amendement I-CF1877 en commission des finances le 8 octobre. Il préserverait les successions, ciblerait certaines donations, réserverait la réforme aux plus-values issues d’apports réalisés depuis le 7 octobre 2026 et porterait l’étalement de l’impôt sur le revenu à dix ans.
Ces aménagements ne sont pas du droit en vigueur. Ils restent soumis à la suite des débats et ne remplacent pas automatiquement le texte gouvernemental discuté en séance. Les entrées du journal ci-dessous distinguent les propositions et les votes intervenus.
Journal des évolutions du PLF 2027
Les étapes sont classées de la plus récente à la plus ancienne. Les entrées antérieures constituent l’historique des débats.
8 octobre 2026 - Un amendement adopté en commission recentre la réforme
Statut : amendement I-CF1877 adopté en commission des finances ; aucune adoption définitive de la mesure. Lire l’amendement de Philippe Juvin
Cette version préserve le traitement actuel des successions et maintient le II de l’article 150-0 B ter. Sa clause transitoire réserverait la réforme aux plus-values placées en report à l’occasion d’apports réalisés à compter du 7 octobre 2026. Les apports anciens resteraient ainsi régis par le droit actuel si cet aménagement était définitivement retenu.
Les donations seraient ciblées lorsque les titres apportés ont été cédés, rachetés, remboursés ou annulés dans les huit ans de l’apport : soit dans les trois premières années avec un report maintenu à raison d’un réinvestissement, en tout ou partie, dans certains fonds ; soit après trois ans lorsque le produit n’a pas été réinvesti selon les délais, proportions et modalités d’investissement direct prévus par le texte.
L’imposition serait limitée à la fraction correspondant au réinvestissement en fonds dans le premier cas, ou au produit non réinvesti dans les actifs éligibles au second, en tenant compte de la proportion des titres donnés. Certaines restructurations seraient exclues des événements retenus. La donation ne deviendrait donc pas systématiquement imposable.
L’amendement adapte les règles d’Exit Tax à ces événements ciblés et porte le plan de règlement de l’impôt sur le revenu à dix années suivant celle au titre de laquelle la plus-value devient imposable. La demande et les garanties resteraient nécessaires ; les prélèvements sociaux ne seraient pas couverts par cet étalement.
1er octobre 2026 - Le projet gouvernemental envisage un durcissement large
Statut : projet déposé, avant les aménagements de commission. Lire l’article 5 du projet initial
Le projet gouvernemental initial. L’article 5 proposé le 1er octobre 2026 remplacerait, dans plusieurs dispositions de l’article 150-0 B ter, la référence à la « cession à titre onéreux » par celle de « transmission » et supprimerait le II, qui organise certaines donations. La donation comme la succession deviendraient ainsi des événements mettant fin au report d’imposition.
Cette rédaction initiale vise les titres reçus en rémunération de l’apport, les parts ou droits dans les sociétés ou groupements interposés et les titres issus d’apports ou échanges successifs, mentionnés aux 1° et 3° du I et au 1° du IV de l’article 150-0 B ter du CGI. Elle pourrait donc toucher des structures à plusieurs niveaux, sans viser automatiquement toutes les holdings interposées.
Le texte initial vise les transmissions réalisées à compter du 1er octobre 2026, même si l’apport est ancien. Pour les expatriés, il propose de faire expirer le sursis de paiement lors de certaines transmissions de titres, y compris lorsque des titres grevés d’une plus-value latente au départ ont été apportés après l’expatriation. Il prévoit un paiement échelonné de l’impôt sur le revenu sur cinq années suivant celle de l’imposition.
Les règles de référence de l’Exit Tax et de l’apport-cession
Les repères ci-dessous décrivent le droit applicable au 14 octobre 2026, avant l’éventuelle entrée en vigueur de la réforme. Pour les évolutions proposées ou adoptées ensuite, consulter le résumé et le journal en tête de page. Les dates de départ et d’opération restent déterminantes.
Exit Tax - seuils et sursis de paiement
L’article 167 bis du CGI impose, lors du transfert du domicile fiscal hors de France, certaines plus-values latentes sur les titres détenus directement ou indirectement par le foyer fiscal.
Pour cette catégorie, le dispositif vise les contribuables résidents fiscaux français pendant au moins six des dix années précédant le départ et dont les participations valent globalement plus de 800 000 euros ou représentent au moins 50 % des bénéfices sociaux d’une société.
L’Exit Tax s’applique également à certaines créances de complément de prix et aux plus-values antérieurement placées en report d’imposition, notamment au titre de l’article 150-0 B ter. Ces catégories suivent des règles distinctes.
L’impôt peut bénéficier d’un sursis de paiement de plein droit pour certaines destinations, notamment l’Union européenne, ou sur demande de sursis de paiement facultative pour les autres. Un départ aux Émirats arabes unis ou au Canada requiert une demande de sursis sur option, avec la désignation d’un représentant fiscal en France et des garanties. Une vente peut ensuite rendre l’impôt exigible. Pour approfondir, consultez notre analyse de l’Exit Tax et des sociétés à prépondérance immobilière.
Pour les départs intervenus depuis le 1er janvier 2019, l’impôt sur les plus-values latentes peut être dégrevé après deux ans, ou cinq ans si la valeur globale des titres excédait 2,57 millions d’euros au départ, sous les conditions légales de conservation. Ces délais ne s’appliquent pas aux plus-values antérieurement placées en report.
La loi de finances pour 2019 avait remplacé le délai de quinze ans par ces délais de deux et cinq ans. Lors de l’examen du PLF 2026, l’Assemblée nationale a adopté, le 3 novembre 2025, l’amendement I-807 visant notamment à rétablir les quinze ans. La mesure a finalement été écartée du texte promulgué le 19 février 2026 : les deux et cinq ans ont été maintenus.
Nous avions analysé cette proposition dans notre article de décembre 2025 consacré à la réforme de l’Exit Tax. L’article 5 du PLF 2027 poursuit un autre objectif : modifier les conséquences de certaines transmissions, sans rétablir un délai général de quinze ans.
Apport-cession - donation et conservation des titres
Le droit actuel. L’article 150-0 B ter du CGI permet de reporter l’imposition d’une plus-value d’apport de titres à une société soumise à l’impôt sur les sociétés ou à un impôt équivalent et contrôlée par l’apporteur. La donation des titres reçus n’entraîne pas l’imposition du donateur.
Le report peut toutefois être transféré au donataire qui contrôle la holding, avec des conditions de conservation et de réinvestissement. La donation ne purge donc pas nécessairement la plus-value pour toute la famille. Le décès de l’apporteur conduit, en principe, à son exonération définitive.
L’article 11 de la loi de finances pour 2026 a porté de cinq à six ans, ou de dix à onze ans en cas de réinvestissement dans certains fonds, les délais de conservation du donataire. Cet allongement s’applique aux cessions de titres apportés réalisées depuis le 21 février 2026. Pendant ces délais, certaines opérations peuvent rendre la plus-value imposable au nom du donataire.
Pourquoi l’apport-cession et l’Exit Tax doivent être examinés ensemble
Deux situations doivent être distinguées pour les entrepreneurs installés aux Émirats arabes unis.
Si l’apport précède le départ, le transfert du domicile fiscal met fin au report de l’article 150-0 B ter du CGI : l’imposition est établie dans le cadre de l’Exit Tax et peut bénéficier d’un sursis de paiement. La question est alors de déterminer si la transmission envisagée entraîne le paiement de cet impôt ou permet un dégrèvement.
Si l’apport intervient après le départ, les titres apportés peuvent déjà être grevés d’une plus-value latente constatée lors de l’expatriation. Le sort de cette imposition doit être suivi à travers les opérations successives. Les règles proposées pour ces transmissions et leur évolution figurent dans le journal législatif.
Hors des situations ciblées par une réforme, le droit commun de l’article 167 bis du CGI prévoit certains dégrèvements en cas de donation.
Depuis les Émirats arabes unis, il faut notamment démontrer que la donation n’a pas pour motif principal d’éluder l’impôt. Une plus-value latente et une plus-value d’apport en report ne suivent pas nécessairement les mêmes règles.
Exemple - Un apport en 2021 suivi d’un départ à Dubaï en 2023
Un entrepreneur apporte en 2021 les titres de sa société d'exploitation à une holding qu'il contrôle.
La plus-value d'apport, de 4 millions d'euros, est placée en report d'imposition.
En 2023, il s'installe à Dubaï: son départ met fin au report, l'imposition de cette plus-value est établie au titre de l'Exit Tax, et il obtient un sursis de paiement en désignant un représentant fiscal et en constituant des garanties.
Pour apprécier une donation des titres de la holding, il faut distinguer les 4 millions d’euros de plus-value servant de base au calcul de l’impôt et le montant de l’impôt lui-même, puis vérifier les règles de transmission et d’entrée en vigueur applicables à l’opération.
Dans le projet initial du 1er octobre, une donation réalisée depuis cette date aurait pu rendre l’impôt exigible malgré l’ancienneté de l’apport. Dans la version votée en commission le 8 octobre, la clause réservant la réforme aux apports depuis le 7 octobre laisserait cet apport de 2021 sous le régime antérieur. Cette comparaison est datée : les entrées ultérieures du journal permettront de suivre le sort de cette protection.
Quelles précautions prendre avant une donation de titres ?
Il convient de reconstituer la chronologie des apports, du départ, des cessions et des donations, d’identifier les titres et leur chaîne de détention, puis de chiffrer les impôts en report ou en sursis. Les obligations déclaratives de suivi de l’Exit Tax doivent également être vérifiées.
L’analyse doit également porter sur les modalités de réinvestissement, la résidence fiscale du donateur, la conservation des titres et les clauses d’entrée en vigueur. Un dépôt d’amendement, un vote en commission et la promulgation n’ont pas la même portée. Le calendrier d’une opération ne doit donc pas être arrêté sur la seule lecture d’une proposition.
Pour un PLF, l’article 42 de la Constitution prévoit que la première lecture devant l’Assemblée nationale porte, en séance, sur le texte présenté par le Gouvernement. Les aménagements de commission doivent encore être retenus dans la suite de la procédure pour devenir applicables.
Questions fréquentes sur l’Exit Tax et le PLF 2027
Peut-on donner les titres de sa société après une expatriation à Dubaï sans payer l’Exit Tax?
La réponse dépend des titres, des plus-values, de la résidence fiscale et des opérations antérieures. Certains dégrèvements existent sous conditions.
Quelle date retenir pour une donation de titres au regard du PLF 2027 ?
Les dates de l’apport, de la donation et d’entrée en vigueur répondent à des règles distinctes. Une réforme peut viser des opérations antérieures à sa promulgation.
L’Exit Tax disparaît-elle nécessairement après deux ou cinq ans ?
Non. Les délais de deux et cinq ans concernent les plus-values latentes relevant du régime applicable aux départs depuis 2019, sous conditions. Ils ne purgent pas les plus-values antérieurement placées en report. La proposition de retour à quinze ans n’a pas été retenue dans la loi de finances pour 2026.
L'accompagnement d'Expats Law Firm
Expats Law Firm accompagne les groupes de sociétés, leurs dirigeants et les familles en droit fiscal international, notamment pour leurs expatriations et transmissions entre la France et les Émirats arabes unis.
Vous envisagez de transmettre les titres de votre holding, ou avez déjà réalisé une donation ? Nous pouvons analyser les conséquences de ces mesures sur votre situation et chiffrer les impositions susceptibles de devenir exigibles.
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Information juridique Générale - Chaque entrée du journal décrit les sources et le stade parlementaire à la date indiquée. Les propositions et votes intermédiaires ne préjugent pas du droit définitivement adopté. Cette publication ne constitue pas un conseil juridique individualisé.
Sources juridiques
Assemblée nationale — PLF 2027 n° 3210, article 5, rédaction déposée le 1er octobre 2026
Légifrance — CGI, article 167 bis
Légifrance — CGI, article 150-0 B ter
BOFiP — BOI-RPPM-PVBMI-30-10-60-30 du 10 août 2026, notamment § 120 à 150
Assemblée nationale — amendement I-807 au PLF 2026, adopté le 3 novembre 2025
Légifrance — loi n° 2026-103 du 19 février 2026, notamment article 11
Assemblée nationale — amendement I-CF1877, adopté en commission le 8 octobre 2026



